
Introduction
Si les légendes se confirment lors des grandes compétitions, la Coupe du Monde 2014 a surtout servi de tremplin fulgurant pour des talents que le grand public ne connaissait pas encore tous par cœur. Dans un tournoi dominé par les noms de Messi, Ronaldo ou Robinho, ce sont parfois des joueurs venus de nulle part qui ont volé la vedette, imposant leur style et leur caractère sur la plus grande scène du football mondial. Retour sur trois révélations qui ont marqué ce Mondial et dont les trajectoires n’ont plus jamais été les mêmes après le Brésil.
James Rodríguez (Colombie) — Le joyau de l’édition
Le joyau de cette édition. Avant le tournoi, James Rodríguez était certes connu des amateurs de football européen (il évoluait alors à l’AS Monaco) mais il n’avait pas encore acquis la stature d’une star mondiale. Le Mondial brésilien a tout changé en l’espace de quelques matches.
Meneur de jeu élégant, capable de dicter le tempo autant que de se projeter vers l’avant, James a porté la Colombie jusqu’en quarts de finale avec une régularité et une sérénité déconcertantes pour un joueur de 22 ans. Son but d’anthologie contre l’Uruguay lors des huitièmes de finale : un contrôle de la poitrine dos au but suivi d’une volée instantanée du gauche dans la lucarne. Un but qui est immédiatement entré dans le panthéon des plus beaux buts de l’histoire de la compétition. Ce geste technique d’une difficulté extrême, exécuté sous pression, en disait long sur sa classe naturelle.
Avec 6 buts en 5 matches, il repart Soulier d’Or en poche, récompense du meilleur buteur du tournoi. Dans les semaines qui ont suivi, le Real Madrid a déboursé environ 80 millions d’euros pour s’attacher ses services (un transfert record à l’époque pour un joueur qui n’avait jamais évolué en Liga). La Colombie a perdu en quarts contre le Brésil, mais James, lui, avait déjà gagné sa place parmi les grands.
Keylor Navas (Costa Rica) — Le mur d’Amérique Centrale
Si le Costa Rica a réussi l’un des exploits collectifs les plus retentissants de l’histoire des Coupes du Monde, c’est en grande partie grâce à son gardien. Keylor Navas était certes professionnel depuis plusieurs années (il jouait alors au Levante en Espagne) mais il évoluait loin des projecteurs, dans un club de milieu de tableau de La Liga.
Au Brésil, il a révélé au monde entier l’étendue de son talent. Le Costa Rica avait hérité du groupe D, surnommé « groupe de la mort », aux côtés de l’Italie, de l’Uruguay et de l’Angleterre. Personne ne leur donnait la moindre chance d’en sortir. Non seulement ils en sont sortis, mais ils l’ont fait en terminant premiers, éliminant au passage deux anciens champions du monde. Keylor Navas a été le roc sur lequel cette épopée s’est construite : réflexes foudroyants, sens du placement, présence dans les duels aériens. Match après match, il a repoussé des attaquants de classe mondiale avec une constance impressionnante.
En quarts de finale contre les Pays-Bas, malgré une défaite aux tirs au but, il a encore sorti des arrêts décisifs face à Van Persie et Robben. Suffisant pour convaincre le Real Madrid, qui le recrutera quelques semaines plus tard. À Madrid, il deviendra champion d’Europe trois années consécutives entre 2016 et 2018, s’imposant comme l’un des meilleurs gardiens de sa génération.
Guillermo Ochoa (Mexique) — Le gardien sorti de nulle part
Si l’on devait résumer le Mondial 2014 de Guillermo Ochoa en un seul mot, ce serait : improbable. Au moment où le tournoi débute, le portier mexicain évolue à l’AC Ajaccio (en Ligue 2 française). Un club relégué, une division inférieure, une quasi-invisibilité médiatique. Personne ou presque en Europe ne l’attend au niveau où il va se révéler.
Tout bascule le 17 juin 2014 lors du match Brésil-Mexique à Fortaleza. Face au pays hôte, dopé par 60 000 supporters en délire et porté par Neymar, Hulk et compagnie, le Mexique résiste. Et s’il résiste, c’est quasi exclusivement grâce à Ochoa. Ce soir-là, il réalise l’une des plus grandes performances de gardien de toute l’histoire de la compétition : arrêt réflexe sur Neymar à bout portant, détente extraordinaire sur une tête de David Luiz qui semblait condamnée à rentrer, intervention décisive après intervention décisive. Le match se termine 0-0, et Ochoa devient viral sur toutes les plateformes mondiales avant même la fin de la rencontre.
Ce qui rend son histoire encore plus savoureuse, c’est le contraste saisissant entre son statut au moment du tournoi et la dimension de ses performances. Pendant que ses adversaires évoluaient au Real Madrid, au PSG ou au FC Barcelone, lui sortait d’une saison en deuxième division française. Pourtant, c’est lui qui a volé la vedette à Neymar sur la plus grande scène du monde.
Le Mexique sera éliminé en huitièmes de finale par l’Argentine, mais Ochoa repart du Brésil avec une réputation continentale transformée en réputation mondiale. Dans les semaines suivantes, des clubs comme Arsenal, Naples ou l’AC Milan sont cités comme prétendants. Il rejoint finalement Malaga en Liga espagnole, puis enchaîne les grandes ligues européennes. Une trajectoire rendue possible par quelques heures de grâce sous le soleil de Fortaleza.
Un Mondial qui a changé des carrières
James, Navas, Ochoa: trois trajectoires différentes, trois profils distincts, mais une même histoire. Celle de joueurs qui avaient le talent depuis longtemps, mais qui attendaient la scène idéale pour l’exprimer pleinement. La Coupe du Monde reste ce lieu unique où une semaine suffit parfois à faire basculer une carrière et où le football mondial découvre, tous les quatre ans, ses prochaines légendes.
